A Walikale, le projet Femmes en Action lutte contre la malnutrition en aménageant des jardins de case par ménage
L’état de la malnutrition dans le territoire de Walikale, en province du Nord-Kivu, demeure particulièrement préoccupant et reflète une crise nutritionnelle structurelle aggravée par les conflits, l’insécurité alimentaire et la pauvreté.
Selon les données de l’UNICEF, près d’un enfant sur deux de moins de cinq ans (environ 45 à 50 %) souffre de malnutrition chronique (retard de croissance) dans le territoire de Walikale. Ce taux est largement supérieur au seuil d’alerte international fixé à 30 %, ce qui confirme une situation critique et persistante. La malnutrition chronique affecte durablement le développement physique et cognitif des enfants, compromettant leur avenir.
Plus de 2 741 enfants souffrant de malnutrition aiguë ont été pris en charge en 2024 à Walikale, avec une augmentation des admissions de 41 % dans les unités nutritionnelles thérapeutiques. Ces chiffres traduisent une aggravation de la situation, liée notamment aux déplacements des populations et à la difficulté d’accès aux services de santé.
A cet effet, dans le territoire de Walikale, marqué par une instabilité persistante, des déplacements de populations et un accès limité aux moyens de subsistance, la mise en œuvre des jardins de case dans le cadre du projet « Femmes en Action » apparaît comme une réponse stratégique et adaptée aux défis socio-économiques des communautés, a expliqué Patrick Mututa, Manager du projet Femmes en Action à The Jane Goodall institue DRC.

En effet, Patrick Mututa affirme : « la justification principale en initiant les dits jardins de case repose sur la nécessité de renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle à l’échelle des ménages. Les jardins de case, situés à proximité immédiate des habitations, permettent une production continue de légumes diversifiés (amarantes, choux, aubergines, oignons, tomates), contribuant à améliorer la qualité nutritionnelle des repas. Cette proximité limite également les contraintes liées à l’accès aux terres éloignées ou aux risques sécuritaires ».
La motivation du projet réside également dans la volonté de promouvoir le leadership féminin et l’inclusion économique. En dotant les femmes de compétences techniques (agroécologie, gestion des cultures, conservation des semences) et organisationnelles (gestion des groupements, marketing local), le projet contribue à renforcer leur position dans les ménages et la communauté.
C’est le cas de Mapendo Justine, agricultrice et responsable d’un groupe de femmes dans le territoire de Walikale, qui témoigne des changements positifs observés dans sa vie et celle de sa famille grâce à l’approche des jardins de case.
Mère de huit enfants, Mapendo Justine vit à Mubi, dans le groupement Maotunda, collectivité de Wanyanga. Elle explique que l’agriculture constitue aujourd’hui sa principale activité génératrice de revenus. Avec les autres femmes membres du groupe, elle cultive plusieurs produits, notamment les choux, tomates, oignons, poivrons, les amarantes ou encore les aubergines.
Selon elle, avant l’arrivée du projet « Femmes en Action », les conditions de vie étaient particulièrement difficiles. Les activités agricoles étaient limitées, les récoltes insuffisantes et les moyens de production presque inexistants.
« Dans ma culture, on encourage la consommation de la viande car cela est signe d’abondance et de richesse. Consommez des légumes était un accessoire dans ma famille », commente Mapendo.

« Quand mes enfants ont commencé à tomber malade et à faire des allers-retours à l’hôpital, j’ai pensé toute de suite que c’était la sorcellerie. A l’hôpital, les médecins disaient qu’ils ont une carence en vitamines… je ne comprenais rien et je ne pensais qu’à la sorcellerie. Avec l’arrivée du projet Femmes en Action et les formations reçues sur la qualité des aliments que nous devons consommer, j’ai alors compris quel était l’origine du problème. J’ai aménagé un jardin potager devant ma maison et maintenant je consomme les légumes à chaque fois que je prépare la viande ou le poisson. J’ai compris que le secret d’une bonne santé réside dans la consommation régulière des légumes », affirme Mapendo.
Par ailleurs, ces jardins de case constituent aussi une opportunité tangible de diversification des sources de revenus. Dans un contexte où les activités économiques formelles sont rares, la production et la commercialisation de légumes offrent un revenu régulier, surtout pour les femmes qui ont souvent un accès limité aux opportunités économiques. Cette approche s’inscrit dans une logique de résilience économique en réduisant la dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure.
« Le panier de la ménagère est vraiment cher ici chez nous à Walikale. Mais heureusement que je possède ce jardin potager car il suffit que j’arrose pendant une semaine ou deux pour que les amarantes poussent. Dans un mois, je peux récolter deux à trois fois mes légumes et les vendre au marcher. Ce qui me rapporte de l’argent et diminuent les charges familiales que portent mon mari. »
A Mubi, elles sont plusieurs encadrées dans le projet Femmes en Action qui ont adopté fièrement l’approche de jardin de case. La consommation des légumes et des fruits autrefois considérée comme signe de pauvreté commence à donner des résultats positifs tout en assurant la sécurité alimentaire.
Waridi Kone Lydie
Communication