A l’Est de la République Démocratique du Congo, la Caritas-Développement Goma, une structure de l’Eglise Catholique au service humanitaire et chargée des projets de développement exécute le projet d’urgence ‘’Prévention et accompagnement psychosocial des cas des VBG dans la ville de Goma et ses environs’’, depuis début mars 2025. Avec le financement d’Affaires Mondiales Canada (AMC), au moins 600 survivants des VBG dont 587 femmes et 13 hommes affectés par les crises et particulièrement les survivants des violences basées sur le Genre (VBG) bénéficient de l’accompagnement psychosocial et soins de santé mentale.

De l’accompagnement psychosocial et soins de santé mentale, Mwamini Kahindo (nom d’emprunt), habitant le territoire de Nyiragongo en avait besoin. Avec d’autres femmes ayant toutes subies des cas des VBG, elle a été sélectionnée pour suivre des formations proposées par le projet d’urgence sur les VBG. Il y a 2 mois, la jeune femme a donné naissance à des jumeaux issus d’un viol collectif qu’elle avait subi alors qu’elle se rendait à la source pour faire la lessive.
En territoire de Rutshuru, 72 km de Goma, elle y vivait avec son mari et ses 2 autres enfants avant les faits. « Je me rappelle juste avoir vu 3 hommes venir vers moi », commente-t-elle d’un air triste lors d’un entretien avec la cellule de communication de la Caritas Goma.
« Je crois avoir reçu un coup sur ma tête car à mon réveil, j’étais dénudée et couverte de sang sur ma tête et mes parties intimes. Ce sont les cris des femmes qui m’ont réveillés. Je pensais que j’étais morte. Quand j’ai ouvert les yeux, mon mari et d’autres personnes de mon quartier se tenaient debout et me regardaient d’un air dégouté. J’avais honte car je pensais que c’était de ma faute. Quelques mois après, j’ai commencé à sentir les signes de grossesse. Le jour où j’en ai parlé à mon mari, ce dernier qui ne m’avait plus jamais touché depuis mon viol a décidé simplement de me mettre à la porte. J’ai quitté Rutshuru pour venir chez ma tante ici à Goma avec mes 2 enfants. Mon mari ne voulait plus prendre soin même de ses propres enfants ».
Au Nord-Kivu, les affrontements et exactions des groupes armés contribuent à la dégradation du tissu social et la fragilisation du système de santé. Les violences commises à l’encontre des populations civiles et l’utilisation du viol comme arme de guerre, sont à l’origine de très nombreux cas de violences basées sur le genre (VBG).
Les violences basées sur le genre en situation post-conflit constituent une problématique majeure affectant des milliers des personnes. Dans ce contexte de crise sécuritaire, on assiste à des violations flagrantes des droits humains, engendrant les VBG et autres incidents de protection. Cet état des choses n’est pas sans conséquences directes sur la santé mentale des victimes a expliqué Chimène Mwanaweka, Programm Manager dudit projet à la Caritas Goma.

« J’ai souhaité plusieurs fois mettre fin à ma vie et j’ai même essayé d’avorter. Je pensais que si je n’étais plus enceinte mon mari pouvait m’accepter encore dans son foyer. Mais, là encore je me trompais. Aujourd’hui, avec cette énième formation de la Caritas Goma et en écoutant les témoignages d’autres femmes, je suis soulagée. J’avais effectivement besoin que quelqu’un me rappelle que je suis utile à la société et que j’ai droit au bonheur malgré mon viol », explique Mwamini.
Outre les formations psychosociales, les bénéficiaires du projet d’Urgence VBG ont reçu d’Adolphe Kakisingi, Facilitateur de l’atelier des leçons sur la santé sexuelle reproductive et le planing familial ; des sensibilisations sur les mesures de contraception et d’hygiène corporelle ; des notions sur les IST/VIH-SIDA leur mode de transmission, les conséquences ainsi que leur traitement.
« La leçon sur le Sida m’a personnellement choqué car après mon viol je ne me suis pas rendue à l’hôpital directement. J’avais honte et je ne voulais pas que les gens le sachent davantage. Mais avec l’insistance des relais communautaires, j’ai été à l’hôpital et heureusement pour moi je n’étais pas porteuse du Sida sauf quelques IST. C’était une chance que je recevais du ciel ».
Le projet d’urgence VBG a aussi formé, en guise de réponse, des relais communautaires afin de prévenir les violences et assurer l’accompagnement psychosocial des victimes.
« Ces relais communautaires doivent disposer des compétences nécessaires sur toutes les thématiques transversales en lien avec les VBG. Sur cette base, la présente formation se focalise essentiellement sur la compréhension et les outils de prévention des violences basées sur le genre en situation post-crise en vue de fournir aux animateurs des capacités solides relatives aux VBG et les outils de prévention c’est-à-dire des techniques de sensibilisation, identification des signes de VBG et mécanismes de signalement », a affirmé pour sa part le Docteur Freddy un autre Facilitateur de l’atelier.

Tout comme la centaine des femmes réunies à la formation, Mwamini a longtemps caché cette réalité douloureuse et silencieuse, dont souffrent les survivantes de violences sexuelles. Aujourd’hui, grâce aux efforts de la Caritas Goma et son partenaire financier, un soulagement est perceptible auprès de ces survivantes.
« J’ai gardé cette grossesse car je suis une bonne chrétienne. Mais aujourd’hui, mes jumeaux ne portent pas de nom car je ne connais pas qui est le père. Je ne sais pas comment dois-je les appeler. Pour l’instant, je dis juste bébé quand je chantonne. Cela reste une grande préoccupation pour moi. Dans ma coutume, c’est l’homme qui nomme les enfants. Pour mon cas, qui doit nommer mes enfants ?», s’interroge Mwamini.
Face aux conséquences psychologiques, physiques et sociales, la Caritas Goma ne croise pas les bras. Des espaces d’accompagnement psychosocial dont trois Maisons d’écoute sont opérationnelles et accueillent ces femmes : « J’arrive à parler de ce que j’ai vécue avec d’autres femmes. Et cela m’aide à me sentir mieux. C’est ma deuxième maison où on ne me juge pas mais où on m’accepte. Ils sont mes béquilles car grâce à ce que je reçois là -bas, je ne tombe pas », a conclu Mwamini.
Lydie Waridi Kone
Cellule de Communication